Cinéma

Wild Horse Nine, c’est le dernier joyau de Martin McDonagh .

Wild Horse Nine, c’est le dernier joyau de Martin McDonagh : John Malkovich et Sam Rockwell en agents de la CIA en 1973, envoyés sur l’île de Pâques juste avant le putsch chilien.
Imaginez In Bruges qui rencontre Les Banshees d’Inisherin, mais avec des Moaï qui vous regardent juger pendant que vous discutez de vos crimes de guerre entre deux blagues sordides.Le pitch est déjà un sketch à lui tout seul. Deux vieux collègues d’agence (l’un en fin de carrière, cancéreux, un peu gâteux et ultra-bavard ; l’autre plus jeune et loyal jusqu’à en devenir pathétique) se baladent parmi les statues géantes pendant que le monde s’apprête à basculer dans la dictature. C’est comme si l’on avait envoyé deux tontons flingueurs en vacances à Disneyland… sauf que Disneyland, c’est Rapa Nui, et les attractions, ce sont les fantômes de leurs sales coups passés (Guatemala, Congo, Bay of Pigs… le bingo des interventions ratées de l’Oncle Sam).
Malkovich est absolument délicieux dans le rôle du vieux cynique qui monologue comme s’il dictait ses mémoires à un dictaphone invisible, avec cette voix nasillarde qui transforme chaque anecdote macabre en one-man-show. Rockwell, lui, fait le faire-valoir parfait : celui qui essaie de garder un minimum de dignité pendant que son partenaire raconte des histoires de coups tordus à deux étudiantes chiliennes comme s’il parlait de la météo. Steve Buscemi en chef de bureau énervé est une pure perle (on a l’impression qu’il va exploser à chaque réplique), et les apparitions de Tom Waits et Parker Posey, c’est comme mettre du piment dans un cocktail déjà bien relevé.
Le ton ? Du McDonagh pur jus : des dialogues qui claquent comme des coups de fouet, un humour noir à en avoir mal aux côtes, puis soudain un coup de tristesse qui vous tombe dessus comme un Moaï mal équilibré. On rit des absurdités de la géopolitique américaine des années 70 (parce que oui, envoyer des agents de la CIA en « vacances » sur une île isolée juste avant un coup d’État, c’est exactement le genre de plan brillant qu’on imagine dans un bureau enfumé à Langley).
Et au milieu de tout ça, une bromance de fin de partie, où l’amitié se mélange à la morphine, aux regrets et à la question ultime : « Est-ce que vous voulez bien me tuer, mon vieux ? ». Classique McDonagh, en somme.Le film est magnifique, oui… d’une beauté un peu perverse. Les paysages de Rapa Nui sont à couper le souffle, les statues vous fixent comme si elles savaient exactement ce que ces deux-là ont fait, et l’amitié entre les deux hommes est à la fois touchante et terriblement toxique.
En résumé : si vous aimez rire tout en vous demandant si l’humanité mérite vraiment d’exister, si vous appréciez de voir Malkovich en mode « je vais vous raconter mon pire crime pendant que je regarde un volcan », et si l’idée de deux agents de la CIA en polo 70s au milieu de statues millénaires vous fait kiffer… alors foncez. Sinon, restez chez vous regarder un documentaire sérieux sur Pinochet. Mais franchement, ce film est un putain de régal amer. 9/10 (le point en moins, c’est pour les moments où l’on se dit « putain, on est vraiment des monstres »).
T.Youf

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