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Écrans centraux en voiture : le multitâche met la sécurité à l’épreuve.

Le cerveau humain adore réussir ce qu’il entreprend. Ainsi, lorsqu’il initie une tâche, il s’applique à la conduire avec succès de bout en bout. Mais peut-il faire autre chose pendant ce temps-là ? Sûrement, mais cela sera toujours au détriment de sa performance… et de sa sécurité, s’il conduit une voiture !

La tendance, constatée sur ces dix dernières années, a été de concentrer sur un seul écran, le plus souvent une dalle centrale, des informations relatives aux fonctionnalités du véhicule et à son environnement. Systèmes d’assistance et d’info-divertissement, l’écran se subdivise en autant de fenêtres et accueille parfois des informations ponctuelles sous la forme d’alertes assorties d’un signal sonore.

Ce sont autant de sollicitations qui vont amener le conducteur à quitter la route des yeux afin de prendre en compte ces messages. Ainsi, s’il doit simultanément maîtriser son véhicule et effectuer une tâche sur l’écran embarqué, les deux activités entrent en concurrence directe pour ce qui est des ressources attentionnelles. Et plus la tâche est complexe en termes de compréhension et de manipulation, plus l’attention à la conduite en pâtit.

La situation s’est encore compliquée avec l’intégration de commandes à l’écran d’information. Un “progrès” qui n’en est pas vraiment un, comme l’explique Karine Bonnet, directrice générale de DEKRA Automotive. Le concept de l’écran qui dit tout et qui fait tout est très séduisant en théorie. Mais la pratique démontre deux choses. D’abord, trop de sollicitations créent de la distraction, ce qui n’est pas favorable en matière de concentration sur la conduite et d’attention portée à l’environnement routier. Ensuite, les choses se compliquent avec l’implémentation de commandes numérisées pour le pilotage de systèmes aussi simples que, par exemple, la gestion des températures et de la ventilation de l’habitacle. Là, le conducteur esseulé va devoir opérer une vraie césure mentale entre la conduite et la programmation fonctionnelle. Il va donc quitter la route des yeux, il va moins bien contrôler sa trajectoire, il ne prendra plus en compte ses rétroviseurs ou les informations de son tableau de bord… Le danger d’un défaut de maîtrise apparait alors, qui peut avoir des conséquences dramatiques pour tous.”

Un risque documenté

Une étude réalisée entre 2024 et 2025 par l’institut néerlandais TU Delft(1)  a permis d’analyser la façon dont la complexité des menus présentés sur un écran modifie la gestion des ressources à la fois visuelle et manuelle. Il apparaît que la structure du menu proposé, tout comme la nature de la tâche à effectuer, conditionnent la distraction du conducteur. Ainsi, la lecture d’un message, la recherche d’une information, sa mémorisation ainsi que la navigation dans les menus, conditionnent la charge mentale du processus cognitif. C’est là tout le danger de l’action “multitâche” qui fait naître une concurrence effective entre la conduite, essentielle, et la tâche secondaire.

Cette étude est corroborée par l’enquête menée par l’institut CSA pour Allianz France (2) qui nous apprend que 42 % des conducteurs interrogés consultent ou manipulent l’écran central en conduisant pour gérer le GPS ou les fonctions d’info-divertissement, 15 % estimant que cette action demande une concentration excessive.

Plus inquiétant encore, l’étude conduite en 2026 par la Nord University de Norvège(3) montre qu’une formation préalable à une tâche réalisée sur écran améliore la capacité à réussir cette tâche sans pour autant générer une amélioration de la performance globale de conduite. L’apprentissage d’une routine d’intervention sur l’écran ne compense donc pas vraiment la dégradation du niveau des performances longitudinales (variation de vitesse, accélérations/décélérations intempestives, capacité à maintenir une vitesse donnée, temps et distance nécessaires pour réagir et freiner), ou latérales (positionnement et maintien du véhicule dans sa voie, changement de trajectoire, dérive vers la ligne médiane ou la bande d’arrêt d’urgence, franchissement involontaire de ligne).

De nombreux constructeurs, conscients de ces inconvénients et de l’écart important qui s’est creusé entre la praticité théorique des écrans “à-tout-faire” et l’exercice pratique de la gestion des commandes, ont révisé leur copie et ont pris le parti de réinstaller sur Le tableau de bord (ou sur les comodos satellitaires) des commandes physiques dont l’accès et le fonctionnement sont beaucoup plus gérables sous forme de routine mémorielle, moins accaparante. S’agit-il d’un “retour en arrière” ? Certainement pas : tout est question de dosage, d’études et de bon sens, afin d’établir, pour le conducteur et ses passagers, le meilleur rapport avantages/risques.

Comment réagir ?

Les conducteurs connaissent bien leur voiture. À ce titre, ils ont appris à automatiser certaines manipulations, y compris avec les écrans embarqués. Mais il arrive qu’une mise à jour du système de gestion informatique du véhicule définisse de nouveaux menus ou chemins. Il faut alors revoir ses habitudes, se reprogrammer.

La sagesse commande de réaliser l’ensemble des réglages utiles (GPS, climatisation de l’habitacle, gestion des flux d’air, choix musicaux, etc.) avant de prendre la route. Tout changement important doit être réalisé par une tierce personne ou à l’occasion d’un arrêt.

L’emprunt ou la location d’un véhicule inhabituel suppose également une prise en main incluant la gestion et la programmation des fonctions et des systèmes embarqués. C’est une étape indispensable afin de ne pas avoir à diviser son attention pendant le trajet !

(1)  https://arxiv.org/pdf/2404.11469

(2)  https://www.assurance-prevention.fr/wp-content/uploads/2024/12/dp-ap-juillet2024.pdf?

(3)  https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2590198226000102

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