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  • Un propos à contre-courant

Pavillon noir et à l’abordage !

Il s’agit d’un livre qui en annonce un autre, puisque l’adolescent dont il est ici question ne sera jugé qu’en juin 2014. De quel abominable crime s’est-il donc rendu coupable ? A-t-il cramé une voiture, dealé de la MDMA, « emprunté » un i-phone,  participé à une « tournante » ?

Fabien est un garçon de 16 ans, féru d’informatique et d’internet depuis tout petit, comme beaucoup de jeunes de sa génération. Curieux, intuitif et passionné, c’est aussi un adolescent qui développe une intelligence remarquable, mais dont le fonctionnement échappe à l’académisme du système éducatif français, balisé au possible et incompatible avec l’anti conformisme d’esprits peu domesticables !

Fabien fait très fort, puisqu’il hacke (pirate) carrément les serveurs informatiques (en théorie ultra-sécurisés) du PSD allemand, de l’Armée américaine, de First United Bank, de la NASA, de SEMPRA Energy, etc. Conséquence fatale : le 24 juin 2012, il est arrêté chez sa maman par une dizaine d’agents du renseignement français (DCRI) et suivent 48 heures de garde à vue.

On se croirait dans un film ou une sorte de jeu virtuel, mais ce récit, rédigé par sa propre maman, est un témoignage, parfois naïf et maladroit, souvent poignant, de la mésaventure survenue à Fabien, lequel n’a à l’évidence pas pris la pleine mesure des conséquences de ses actes, seulement vécus comme une réjouissante et ludique émulation (et n’ayant d’ailleurs entraîné aucune destruction de données ou d’utilisation frauduleuse).

Le livre de Sophie Léac n’est pas sans défaut, la maman ne parvenant pas toujours à hiérarchiser les priorités et à définir un plan d’action cohérent pour son fils. Mais il a cependant le mérite, outre la défense acharnée et sans concession de Fabien, de dénoncer les incroyables travers du système français : disproportion manifeste (et malheureusement bien à l’image du « fonctionnement » de la justice française) des moyens utilisés contre le jeune hacker et surtout incompétence crasse des services de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (dont les méthodes indignes ne sont pas sans rappeler celles des Soviets).

Alors, pourquoi un tel acharnement, alors qu’un violeur multirécidiviste est souvent traité avec précaution et… humanité ? Sophie Léac répond à sa manière, très lucidement, à cette interrogation : « Internet représente un danger pour les pouvoirs étatiques. Il représente une menace permanente, car il est un vecteur de communication difficilement maîtrisable par ceux qui n’en ont pas les clés ». Tout est dit…

Un propos à contre-courant, bienvenu en ces périodes d’asservissement à l’idéologie dominante.

Arnaud Robert.

Éditions Tatamis /390 pages, 14 x 20 cm,

20 euros

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Image à le une : Control Room par James Leddger Concepts