La guerre contre les espèces invasives aura-t-elle lieu ?Ou comment les frelons asiatiques, moustiques-tigres et punaises de lit ont déclaré la guerre… et que l’Europe leur répond « chut, on va pas froisser Mère Nature »
Par le concombre masqué, correspondant de guerre écologique (et légèrement agacé par les bestioles)Imaginez : vous êtes tranquillement chez vous, un soir d’été. Soudain, un escadron de frelons asiatiques fait un vol rasant au-dessus de votre barbecue comme des Stukas au-dessus de la ligne Maginot.
Pendant ce temps, le moustique-tigre vous pique avec la discrétion d’un influenceur qui fait du placement de produit toujours pourri . Et les punaises de lit ? Elles squattent votre matelas comme des étudiants Erasmus qui ont oublié de partir.
Bienvenue en 2026. L’invasion est déjà là, et elle ne porte pas de petit drapeau blanc.C’est précisément le sujet du livre coup de poing (ou de dard) de Dr Romain Lasseur (docteur en toxicologie animale et expert européen en faune invasive) et Olivier Vial (directeur du CERU) : La guerre contre les espèces invasives aura-t-elle lieu ? (Éditions du Rocher, 272 pages de mauvaise humeur justifiée).
Le constat ? Terrifiant (et cher).Entre 1980 et 2019, ces petites bêtes venues d’ailleurs ont coûté 1 208 milliards de dollars à l’humanité.
Plus que les inondations et les incendies réunis. En France, on parle déjà de plus de 11 milliards d’euros depuis 1970 sur seulement 101 espèces… alors qu’on en a recensé 2 780.
Traduction : on est en train de se faire plumer (et piquer, et ronger) par des locataires indésirables qui n’ont même pas rempli le formulaire Cerfa d’entrée sur le territoire. Le frelon asiatique décime les abeilles (nos meilleures ouvrières), le moustique-tigre transporte des virus exotiques comme on ramène des souvenirs de Thaïlande, les rats et ragondins transforment nos berges en Airbnb pour maladies, et les punaises de lit font du tourisme sexuel inter-hôtels.
Bref, c’est Alien version jardin français, sauf que Sigourney Weaver a été remplacée par une association écolo qui crie au « spécisme » dès qu’on parle d’éradication.Le vrai ennemi selon les auteurs : l’idéologie. Là où le livre devient savoureux (et polémique), c’est quand il dénonce les blocages idéologiques.
Certains activistes, semble-t-il, ont tellement idéalisé la « Nature » (avec un grand N mystique) qu’ils voient l’homme comme le seul intrus légitime à éradiquer. Résultat ? On hésite à traiter les frelons parce que « c’est la vie, tout ça » et qu’il ne faudrait surtout pas « perturber l’équilibre ».
L’équilibre ? Lequel ? Celui où le rat musqué bouffe tout et où les abeilles locales passent l’arme à gauche ? C’est un peu comme refuser de soigner une gangrène parce que « les bactéries ont aussi le droit de vivre, c’est de la discrimination anti-microbienne ».
Un livre qui pique (au bon endroit)Lasseur et Vial ne font pas dans la dentelle : ils alignent chiffres, exemples concrets et témoignages. Ils montrent comment la paralysie administrative et la peur du « buzz écolo » nous coûtent cher, très cher, en biodiversité (ironiquement), en santé publique et en porte-monnaie.
Le titre lui-même est génial : aura-t-elle lieu ? On sent le doute, l’urgence et un brin de lassitude. C’est la question que se posent tous ceux qui ont déjà passé une nuit à gratter des piqûres en maudissant le globalisme des insectes.Verdict de notre concombre masqué (note : 4,5 dards sur 5).
Ce n’est pas un livre pour les bisounours qui pensent que tout est « interconnecté » et qu’il suffit de faire un câlin à un frelon. C’est un livre pour ceux qui aiment la réalité, même quand elle bourdonne un peu trop fort.Si vous en avez marre que la France devienne le buffet à volonté des espèces exotiques, lisez-le.
Et si possible, offrez-le à votre élu local. Avec un petit mot : « On commence par les punaises ou directement par les règlements européens ? »En attendant la guerre (ou au moins une stratégie un peu moins molle), restez vigilants : fermez vos fenêtres, protégez vos ruches, et surtout… n’oubliez pas que dans cette bataille, le plus dangereux n’est pas toujours celui qui a six pattes.
T.Youf
Editions du Rocher
272 pages
19.90 €
