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Les prisons de Paris

 

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La Bastille, la Conciergerie, la Petite Roquette… Détruites ou réinvesties, ces prisons ont laissé des traces dans la capitale. Des empreintes physiques, par le recyclage de leurs pierres, et un héritage moral, par le poids de leurs passés. Voici l’histoire de six d’entre elles, mythiques à plus d’un titre.

À la Bastille, les intellectuels entre quatre murs

Le passé de la Bastille est intrinsèquement lié à l’évolution de la capitale. Construite au XIVe siècle, la forteresse est à l’époque située au niveau du faubourg Saint-Antoine. Avant d’acquérir le statut de prison, elle est tour à tour un arsenal, un entrepôt d’armes et un lieu de réception…
La Bastille est transformée en prison d’État au XVIIe. À l’époque, les détenus n’arrivent pas ici au hasard : les hauts murs de pierre renferment essentiellement des intellectuels qui y résident plutôt confortablement. Ils disposent de cheminées, dînent les mêmes repas que les « matons » et sont autorisés à recevoir de la visite. Parmi les intellectuels, Voltaire a été embastillé une dizaine de mois, à 23 ans seulement.
Jean-Pierre Houel (1735-1813). "Vue de la Démolition de la Bastille". Paris, musée Carnavalet.
“Vue de la Démolition de la Bastille”.
Musée Carnavalet / Roger-Viollet
Lors de la Révolution française, le 14 juillet 1789, la prise de la Bastille ne représente pas seulement la disparition d’un lieu d’incarcération, mais aussi un symbole de l’Ancien Régime. Ses pierres servent alors à paver Paris, ou sont revendues comme souvenirs !
On peut encore voir le tracé de l’ancienne prison grâce à des pavés colorés, notamment près du square Henri Galli (4e), ou observer les motifs distinctifs qui rappellent la forteresse, place de la Bastille. Dans le « Parcours Révolution », le Comité d’Histoire de la Ville de Paris retranscrit l’histoire de cette prison.
Aujourd’hui, le motif de la forteresse présent sur la place rappelle la prise de la Bastille.
Jean-Baptiste Gurliat / Ville de Paris

Les grands criminels au Grand Châtelet

Loin des conditions respectables de la Bastille, la prison du Grand Châtelet, l’une des premières prisons parisiennes construite au XIIe siècle, est quant à elle considérée comme « l’endroit le plus fétide de la capitale ». Du nom de ses cellules, appelées « les Boucheries » ou « la Barbarie », aux individus qui les peuplent, cette prison est parfois plus cruelle que la mort… Les plus grands criminels y sont enfermés.
Parmi les nombreux détenus inconnus, souvent issus de milieux pauvres, quelques prisonniers célèbres se démarquent. Molière par exemple, dont on célèbre le 400e anniversaire de la naissance en 2022, est enfermé pendant quelques semaines pour cause de dettes.
En raison des mauvaises conditions de détention, la prison du Grand Châtelet est détruite en 1802.

À la Petite Roquette, les mineurs dans des conditions sordides

La prison de la petite Roquette. Couloir avec cellules. Paris (XIème arr.).
Couloir de la prison de la Petite Roquette (11e)
Albert Harlingue / Roger-Viollet
La prison de la Petite Roquette, à deux pas du cimetière du Père-Lachaise, est construite en 1831. Lieu de détention pour mineurs, elle compte 500 cellules dans lesquelles les enfants sont enfermés seuls, et dans des conditions inhumaines. Elle fait face à sa semblable, la Grande Roquette, qui se trouve de l’autre côté de la rue, et qui accueille des détenus condamnés à mort et à perpétuité jusqu’à la fin du XIXe siècle.
L’architecture expérimentale particulièrement cruelle est imaginée pour éviter la promiscuité entre les résidents. À ce moment-là, on est persuadé que la prison est une « école du crime » et que les détenus s’influencent entre eux. Même lorsqu’ils se rendent à la messe, les jeunes ont un sac sur la tête pour ne pas se voir.
Après de nombreuses alertes sur leurs conditions d’emprisonnement, les enfants sont finalement transférés au centre de Fresnes en 1929 et la prison se transforme pour accueillir des femmes. Elle est détruite en 1974 et est remplacée par le square de la Petite Roquette, où une plaque commémorative rend hommage aux milliers d’enfants détenus.

La Conciergerie et ses célébrités

Cachot de Marie-Antoinette d'Autriche (1755-1793), reine de France, à la Conciergerie en 1793. Gravure, B.N.F.
Cachot de Marie-Antoinette d’Autriche, à la Conciergerie.
Roger-Viollet / Roger-Viollet
Tout au long de son existence, la Conciergerie a accueilli en son sein de nombreux membres de la royauté, mais pour diverses raisons. À sa création au VIe siècle, le bâtiment est édifié en tant que demeure royale de Clovis. Onze siècles plus tard, au XVIIIe, le palais régalien devient palais de justice et abrite les grands procès révolutionnaires.
En cette période de tension, Marie-Antoinette a vécu ses derniers jours à la Conciergerie, siège du tribunal révolutionnaire. La reine déchue s’est retrouvée dans « l’antichambre de la mort », qui servait de pièce d’emprisonnement aux futurs guillotinés. Elle y est séparée de sa famille, et les gardes ont ordre de ne pas la lâcher du regard.
D’autres femmes, comme la révolutionnaire Olympe de Gouge, ont aussi séjourné dans cette prison avant d’être exécutées. Aujourd’hui, il est possible de visiter les anciennes cellules de la Conciergerie, transformée en musée.

Saint-Lazare, de prison à médiathèque

Médiathèque Françoise Sagan
Médiathèque Françoise Sagan
Dans le Xe arrondissement, la prison de Saint-Lazare (qui était en réalité située rue du faubourg Saint-Denis, et non dans le quartier de l’actuelle gare) était autrefois un endroit où l’on stockait du blé. Sous la Révolution, les insurgés s’emparent du lieu et le convertissent en prison politique.
Le bâtiment devient un centre de soins, appelé la maison de santé de Saint-Lazare. En raison d’insalubrité, la prison est fermée en 1930. Finalement, le lieu devient la médiathèque Françoise Sagan, inaugurée en 2015.

La Santé, dernière prison intramuros

Construite entre 1861 et 1867 par l’architecte Joseph Auguste Émile Vaudremer, la prison de la Santé prend place dans le XIVe arrondissement, à l’est du quartier Montparnasse. Aujourd’hui unique établissement intramuros, la Santé est, à son inauguration, la onzième prison parisienne.
Les cellules de 7 mètres carrés, qui accueillent à l’époque un seul prisonnier, choquent la population par leur confort, parfois plus spacieux que certaines habitations vétustes de la capitale. Actuellement, la maison d’arrêt reçoit des personnes en détention provisoire qui attendent leur procès, ou des prisonniers avec une peine inférieure à deux ans.
Connue pour son « carré VIP », la Santé a elle aussi accueilli quelques célébrités. Ces détenus particuliers ont accès à de plus grandes cellules, à des salles de sport, des douches individuelles…
Parmi les résidents célèbres, on peut citer Guillaume Apollinaire, soupçonné d’avoir volé la Joconde, dont le court séjour lui inspire le poème « À la santé », mais aussi Bernard Tapie, Maurice Papon condamné pour crime contre l’humanité pour son implication dans la déportation des juifs durant la Seconde Guerre mondiale, ou Didier Morville, connu sous le nom de Joey Starr, rappeur de Suprême NTM.
Après quatre ans de travaux de modernisation, la Santé réouvre en 2019 et comporte environ 700 cellules.

En image : la prison avant sa rénovation, en 2014

source Mairie de Paris

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