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Dictionnaire amoureux de la noblesse d’Éric Mension-Rigau.ou : comment rester chic quand la République vous a officiellement viré en 1848

Chers lecteurs, chères lectrices, et vous les roturiers qui avez encore l’audace d’ouvrir un livre sans particule dans le nom : Éric Mension-Rigau, historien de la Sorbonne et grand spécialiste des gens qui disent « mon arrière-arrière-grand-père a combattu à Fontenoy », vient de nous offrir un cadeau de 704 pages son prix 28 Euros.
Son Dictionnaire amoureux de la noblesse (Plon, 2026) est un véritable cabinet de curiosités aristocratiques. Cent soixante articles pour célébrer une espèce rare : environ 100 000 Français (moins de 0,2 % de la population) qui, malgré l’abolition officielle de 1848, continuent de vivre comme si Louis XVI n’avait jamais eu ce petit accident de parcours.
Imaginez un monde où l’on vouvoie encore ses parents (et parfois ses propres enfants), où l’on se marie en jaquette, où le baisemain n’est pas une relique mais un sport de salon, et où travailler dans le commerce s’appelle encore « dérogeance » — un mot qui fait frémir plus qu’un huissier à la porte.
Le noble, selon Mension-Rigau, est un survivant élégant : maître de la chasse, de la danse et de la politesse, il refuse obstinément de disparaître. Pendant que le reste du pays s’agite sur TikTok, lui feuillette le Carnet du jour du Figaro et soupire : « Personne n’est mort aujourd’hui… enfin, personne de chez nous. »
Le livre est savoureux, érudit et légèrement obsessionnel (l’auteur avoue que c’est son addiction). On y croise les grandes familles — La Rochefoucauld, Polignac, Broglie, Grimaldi — qui persistent comme des chênes centenaires au milieu d’un parking. On y parle de lignage, d’honneur, de savoir-vivre, et de cette étrange capacité à incarner la permanence dans un monde qui change de look toutes les six semaines.
Le plus drôle ? Cette noblesse n’a plus aucun pouvoir légal, mais elle garde un charme fou. Elle agace les jaloux, fascine les snobs, amuse les historiens et donne aux roturiers l’impression d’être invités à un bal où ils n’ont pas été conviés. Mension-Rigau la regarde avec affection et distance, comme un ethnologue qui aurait trop dîné dans de beaux salons.
Alors, faut-il acheter ce dictionnaire ? Absolument. Ne serait-ce que pour apprendre à dire « mon cher cousin » avec le sourire de quelqu’un qui sait que son cousin est réellement son cousin au 14ᵉ degré, et que ça compte encore. Ou pour découvrir que, oui, on peut encore être noble en 2026… à condition d’avoir le bon nom, le bon ton, et surtout de ne jamais, jamais, accepter un job dans la tech sans un minimum de style
.En résumé : un livre élégant, savant et délicieusement anachronique. Parfait pour ceux qui aiment la France d’autrefois… sans forcément vouloir y retourner à cheval.Et si un jour on rétablit la noblesse, j’espère qu’ils créeront un titre spécial pour les auteurs de dictionnaires amoureux. « Chevalier de la Particule Perdue », par exemple. Ça sonne bien, non ?


T.Youf 

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