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Lire: « Qui suis-je? » Abel Bonnard de Yves Morel

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Le plus maudit des écrivains français, Abel Bonnard

Qui connaît Abel Bonnard de nos jours ? Peu de monde à vrai dire, tant notre époque charrie une culture superficielle et éphémère, voire une absence de culture, souvent confondue avec l’écume produite par les médias et la publicité.

L’existence d’Abel Bonnard, né en 1883, a embrassé l’histoire pour le moins tumultueuse du XXe siècle.

Licencié de Lettres à la Sorbonne en 1904, diplômé de l’Ecole du Louvre un an plus tard, Bonnard commence une carrière littéraire par la publication de recueils de poèmes, de contes et de romans. Lors de la Grande Guerre, d’abord réformé, Bonnard insiste pour être incorporé et participe aux combats où, par son attitude, de simple soldat, il finit lieutenant. Il termine la guerre comme titulaire de la croix de guerre et de la Légion d’honneur.

De 1920 à 1923, Abel Bonnard voyage dans de très nombreux pays, en Asie, en Amérique, en Orient, en Europe. En 1924, il écrit En Chine, ouvrage qui lui vaut le grand prix de littérature de l’Académie française. Puis, en 1926, vient un ouvrage fondamental pour comprendre la pensée iconoclaste et profondément originale d’Abel Bonnard : Eloge de l’ignorance. Bonnard y dénonce avec maestria le conformisme moral et intellectuel du système scolaire. Il instruit le procès de l’école républicaine et, de réactionnaire, devient un révolutionnaire au service, dit son excellent biographe Yves Morel, «de la grandeur, de la noblesse, de l’héroïsme et des valeurs spirituelles».

Poursuivant son oeuvre littéraire, Abel Bonnard, écrivain classique, est élu à l’Académie française en 1932. Côtoyant l’Action française dans les années 30, Bonnard écrit en 1936 son chef d’oeuvre, le pamphlet Les Modérés, réquisitoire en règle contre la République, au succès considérable. Cet ouvrage incontournable est décortiqué avec une grande rigueur intellectuelle par Yves Morel.

Notable des Lettres, intellectuel engagé pour la cause de la France et de sa grandeur, un temps tenté par le fascisme, Bonnard s’engage en faveur d’une Europe des patries, nationaliste et socialiste, et fréquente, à partir de 1937, le Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot. Il devient alors, ce que l’on tend très souvent à oublier, l’écrivain de droite suscitant le plus d’intérêt.

Après la défaite de 1940, malgré l’incompatibilité de tempéraments avec le Maréchal Pétain, Abel Bonnard soutient la Révolution nationale et devient ministre de l’Education nationale en 1942, où il tente de former les intelligences, non de les bourrer à bloc d’un savoir académique. Puis, ce seront l’exil en Espagne, la Haute Cour en 1958, l’extrême dénuement jusqu’à la mort, en… mai 1968.

L’oeuvre d’Abel Bonnard, essentiellement non romanesque, ne prédisposait pas son auteur à la postérité, contrairement à un Drieu, un Brasillach ou un Châteaubriant. Au reste, ses écrits sur l’éducation, le savoir, la culture, novateurs, magistraux, de forte densité intellectuelle, ont été totalement incompris par les beaux esprits. L’homme, outre son engagement et ses convictions, a quant à lui subi un lynchage incessant, ses détracteurs allant jusqu’à attaquer sa dignité.

C’est l’un des mérites de cette exceptionnelle biographie d’Abel Bonnard écrite par Yves Morel : au-delà des apparences, des jugements expéditifs et des lieux communs, restituer la mémoire d’un homme. En vérité.

Arnaud Robert.

Qui suis-je ?»
ABEL BONNARD
Yves Morel
14×21, 128 p., illustré, 12 €
ISBN 978-2-86714-522-3

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