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Lire:La démocratie interdite de Richard Dessens

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Entretien avec Richard Dessens, auteur de La démocratie interdite(éditions Dualpha)

Propos recueillis par Fabrice Dutilleul,

Après La dictature démocratique et La démocratie travestie par les mots, vous venez de publier La démocratie interdite. Y a-t-il une filiation entre ces trois ouvrages ou s’agit-il d’une obsession que vous avez de la démocratie ?

En réalité ces trois ouvrages sont trois approches différentes des problématiques de la démocratie d’après-guerre et aujourd’hui d’une démocratie post-moderne. La démocratie interditereprésente l’étape ultime d’une critique de la démocratie occidentale et française plus particulièrement, tendant à montrer le resserrement de plus en plus palpable de la liberté d’expression et de diffusion d’une part, et le dépérissement quasi-total du libre débat politique, d’autre part. Celui-ci étant la conséquence directe de celui-là. Il ne s’agit donc nullement d’une « charge » contre la démocratie, mais de sa défense face aux illusions démocratiques actuelles qui en ont fait le bras armé de l’ultra-libéralisme mondialisé.

Vous présentez 22 « arguments » censés dénoncer l’hypocrisie institutionnelle de la démocratie actuelle. « Générosité compassionnelle », « Écologie », « Théorie du complot », « La Presse », « Discrimination et mixité », « Droit des femmes », « Drogue », « Politique étrangère », etc., tous les grands thèmes de notre société y passent sans jamais trouver grâce à vos yeux.

C’est qu’il y a une logique dans la pensée politique. Et ceux auxquels je m’oppose possèdent aussi leur logique. On ne peut leur dénier cette rigueur ! Ainsi tous les comportements sociétaux imposés et toutes les décisions politiques procèdent d’une ligne philosophique forgée dans l’« humanisme », les « Droits de l’Homme », le libéralisme, le mondialisme, la prévalence de l’économique sur le politique, la négation des différences et des identités européennes, etc. Or, la philosophie politique qui est la mienne est aux antipodes de ce qu’on a taxé de « valeurs démocratiques » afin d’interdire tout débat de fond sur l’évolution de nos sociétés et des peuples européens. Dans la mesure où les fondements de ma pensée sont différents de ceux de mes adversaires, aucune des grandes décisions politiques et sociétales ne me convient, dans aucun domaine.

Vous défendez la « théorie du complot » comme vous dénoncez la politique étrangère de la France vis-à-vis des dictatures en Libye ou au Moyen-Orient. Ne craignez-vous pas de « pousser un peu trop loin le bouchon » en allant à contre-courant de toutes les évidences de bon sens ?

Quel bon sens ? Quelles évidences ? Celui et celles d’une idéologie libérale dévastatrice de tous les peuples, européens comme extra-européens ! Oui, j’affirme que la théorie du complot n’est qu’une mystification du monde politico-médiatique pour interdire tout débat en décrédibilisant toute remise en cause gênante voire inquiétante. En outre, chacun sait, au moins depuis Machiavel pour faire simple, que la politique repose sur des « complots » de toutes sortes dont l’objet est justement d’être tenus secrets afin d’être efficaces ! La fausse naïveté de la presse n’est qu’un moyen supplémentaire de museler toute opposition de fond à l’idéologie dominante. Quant à l’intervention des « démocraties » occidentales pour faire assassiner Saddam Hussein, puis Kadhafi, puis Al Assad (sans succès encore à ce jour), certains leurs ex-alliés d’un temps, elles n’ont abouti qu’à augmenter les massacres d’une part, et à mobiliser contre elles des peuples qu’elles ont contribué à déstabiliser, appauvrir et massacrer. Mais les massacres au nom de la « démocratie » sont louables même lorsqu’ils sont largement supérieurs à ceux de dictateurs honnis car gênants pour le développement de la mainmise des intérêts économiques mondialisés prioritaires.

 

La démocratie interdite de Richard Dessens, éditions Dualpha, collection «Patrimoine des Héritages», dirigée par Philippe Randa, 160 pages, 21 euros.

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