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Lire:ÉLOGE DE L’IGNORANCE Abel Bonnard Pardès éditions

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Une nouvelle conception de la connaissance

Eloge de l’ignorance est un livre à l’image de son auteur : iconoclaste, un comble pour une personnalité comme Abel Bonnard, éprise de tradition. La collection initiée par Hachette dans les années 20, « Les Eloges »,  était consacrée aux défauts : frivolité, snobisme, coquetterie, médisance, mensonge, gourmandise, etc.

Bonnard a pris le contre-pied de l’objet initial de la collection en traitant de l’ignorance : il ne la dénonce pas pour un défaut, il  la vante ! Mais si Bonnard vante l’ignorance « saine », appuyée sur ce qu’il nomme le Bon sens et l’Imagination et permettant d’arrêter les hommes « au bord de ce qu’ils savaient », il fustige cependant l’ignorance « malsaine », faite de paroles vaines, de verbiage effréné et de savoirs hypothétiques. « Celui qui se croit instruit, ajoute Bonnard, n’accepte plus d’être si modeste ».

C’est aussi cet état que lui ôte l’instruction, car si apprendre peut bien sûr être sublime, l’homme ne doit pas s’imaginer que l’on apprend que par les livres : les expériences de la vie et l’action constituent des sources beaucoup plus vivifiantes pour l’âme.

Pour Abel Bonnard, « apprendre, c’est en quelque sorte vieillir », ce qui est d’autant plus dommageable que  quoi que l’homme fasse pour apprendre, il ignorera toujours.

Ce faisant, comme le souligne fort justement son biographe Yves Morel, « Bonnard instruit le procès non de la connaissance, mais du culte républicain du savoir et de la prétention à fonder la hiérarchie sociale sur l’intelligence, et donc sur l’Ecole », s’inscrivant dès lors en faux de l’idéal humaniste républicain hérité des Lumières et du rationalisme cartésien (cf. les travaux d’Alain Pascal).

Abel Bonnard, précurseur, défend un enseignement humain et progressif adapté à chaque âge de la jeunesse en prenant en compte l’affectivité, la psychologie, le développement physique et mental des élèves, insistant sur l’assimilation de ce qui est appris.

Un tel enseignement, s’il ne dédaigne pas l’acquisition des savoirs académiques, les subordonne à la formation de l’intelligence (ou plutôt des intelligences), de la personnalité et surtout du caractère. Ainsi, des hommes inégaux en aptitudes peuvent-ils partager une même conception de la dignité personnelle, ordonnée à un idéal commun de civilisation.

Lorsque l’on mesure, 90 ans plus tard, le bilan de l’Education nationale, on ne peut s’empêcher de penser combien étaient pertinentes les analyses d’Abel Bonnard, rejoignant les propres intuitions de Gustave Le Bon sur le sujet.

Un petit livre essentiel, pétillant d’intelligence, accompagné des remarquables préface et postface d’Yves Morel, spécialiste du système scolaire français.

Arnaud Robert.

ÉLOGE DE L’IGNORANCE
Abel Bonnard
Pardès éditions
15×21,5 – 102 p. – 14 €
ISBN 978-2-86714-532

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