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Lire:CHÂTEAUBRIANT Thierry Bouclier

Conteur, croyant et gentilhomme : Alphonse de Châteaubriant

Comme les Dupond(t), il existe deux Châteaubriand(t). Tous les deux écrivains talentueux. Celui des Mémoires d’outre-tombe appartient à la première moitié du XIXe siècle, celui de Monsieur des Lourdines à celle du XXe siècle. Si la renommée de Châteaubriand est patente, Alphonse de Châteaubriant est presque totalement éclipsé, d’où l’intérêt de la biographie que lui consacre l’avocat Thierry Bouclier, par ailleurs auteur d’une douzaine d’ouvrages de grande qualité.

Né en Bretagne en 1877, la vie d’Alphonse de Châteaubriant, personnalité aux multiples nuances, se décline en deux périodes dont la césure intervient en 1937, lors de la parution de l’essai sulfureux La Gerbe des Forces. Homme de gauche et dreyfusard, indéfectible ami de Romain Rolland jusqu’au décès de celui-ci en 1944, Châteaubriant va connaître une éblouissante carrière littéraire pendant plus d’un quart de siècle, obtenant le prix Goncourt dès 1911, grâce à Monsieur des Lourdines, son premier roman, lequel sera d’ailleurs porté à l’écran. Ayant pour thème central la volonté et la fatalité, l’ouvrage, publié chez Grasset, évoque avec maestria la campagne, ses charmes et ses mystères.

La tragédie européenne de 1914 interrompt l’écriture du roman La Brière, puisque le brigadier du train Châteaubriant part quatre longues années pour la Marne, Verdun, le Chemin des Dames… rencontrant toutes les horreurs de la guerre et renouant avec la pratique et la ferveur religieuses qui ne le quitteront plus de sa vie. Comme le souligne son biographe, « la boucherie lui a fait prendre conscience de l’importance de l’unité européenne dans la sauvegarde de la paix », aspect essentiel pour comprendre les choix futurs de l’écrivain. Achevant la guerre maréchal des logis, Châteaubriant reprend l’écriture de La Brière, roman ayant pour cadre le grand marais du nord de l’estuaire de la Loire.

Publié en 1923, ce nouvel ouvrage reçoit le Grand prix du roman de l’Académie française et connaît le plus fort tirage de l’entre-deux guerres, avec plus de 600 000 exemplaires, faisant de Châteaubriant un auteur majeur de la littérature française. Quatre ans plus tard, paraît La Meute(roman dramatique), puis La Réponse du Seigneur en 1933, évoquant la quête de Dieu, la foi, la prière et la puissance de la grâce.

A cette période, Châteaubriant est connu pour son œuvre littéraire et son attachement au christianisme et reconnu par la société, puisqu’il est fait chevalier de la Légion d’honneur et est pressenti pour entrer à l’Académie française. Entre 1935 et 1938, à l’initiative de son amie Gabrielle Storms née Castelot, Châteaubriant se rend en Allemagne qu’il parcourt plusieurs mois, multipliant réceptions et rencontres aux quatre coins du pays. Opposé au matérialisme, emporté par son tempérament mystique et fasciné par l’éclat de l’Allemagne nouvelle, Châteaubriant publie en 1937 La Gerbe des forces, ode au national-socialisme qui le propulse dans le monde de la politique et de la Collaboration sans retour, via son journal La Gerbe, signeront toutes les grandes plumes de l’époque (Montherlant, Chardonne, Giono, Cocteau, Guitry…). Les pas ont chanté, ouvrage biographique, au ton poétique et imagé, est publié un an plus tard.

1944. Appartenant au camp des vaincus, Châteaubriant doit fuir avec Gabrielle Castelot : Baden-Baden, Sigmaringen, la Bavière… Il apprend le décès de son ami Romain Rolland qui l’affecte profondément. Finalement réfugié au Tyrol autrichien, Châteaubriant profite de son exil pour approfondir sa vie spirituelle et rédige Itinerarium ad lumen divinum, de 1945 à 1951, année de sa mort et également année de la parution de Lettre à la chrétienté mourante.

Une biographie remarquable de clarté, truffée d’informations inédites et indispensable pour découvrir un écrivain majeur de la littérature française.

Arnaud Robert.

CHÂTEAUBRIANT

Thierry Bouclier

Editeur : Pardès

14×21, 128 p., illustré, 12 €
ISBN 978-2-86714-529-2

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