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Galerie Valérie Delaunay :Le Dernier Souper, une exposition de Corine Borgnet

Proposer un “dernier souper” à l’approche des agapes de Noël, voilà une bien curieuse reprise de la tradition. The Last Supper : le titre de cette nouvelle création de Corine Borgnet, une table dressée au cœur de la galerie Valérie Delaunay, fait indéniablement référence au dernier repas du Christ et des apôtres, qui eut lieu à Pâques.

Confusion dans le calendrier ? Détournement plutôt, comme y excelle Corine Borgnet, artiste de la remise en jeu permanente et des dérapages esthétiques.

Le “dernier souper”, cette fois, anticipe Noël et la naissance du Créateur. Sera-t-il l’occasion de festoyer ? Quiconque approche l’œuvre d’assez près en doutera, toute espérance ruinée. Sur la table, divers éléments de vaisselle invitent le spectateur à la fête : des assiettes, des couverts, des verres, bref, une généreuse promesse de combler l’appétit. Cet appétit, le déçoit et le déprime cependant la facture même de ces différents artefacts. Le matériau utilisé par l’artiste, de la jesmonite, une résine poreuse et beige, donne à l’ensemble un aspect ossifié, sorti du temps trop long de l’Histoire, et fleurant l’atmosphère des cimetières. Comme si la mort, en amont, avait frappé déjà, obligeant les convives éventuels à déserter ventre-à-terre. Que la fête recommence ? Sur la table, des insectes semblant composés au moyen de déchets, eux, sont passés à table.

Le dernier souper

Superbe et intrigant univers de beauté raffinée que celui-là. Mais l’artiste, à dessein, le réduit à une forme ambiguë. The Last Supper marie le haut et le bas, l’espoir et la mort, la faim et l’impossibilité d’accéder à une nourriture flattant nos estomacs, tandis que prolifère une invasion de cafards ou assimilés. Le désir veut mais la réalité, cette fois, refuse.

Donner et reprendre, unifier le sublime et le sentiment de la perte, tel est l’esprit qui préside à cette cérémonie et à l’esprit de faste.

Le dernier souper serait-il celui, allusivement, d’un monde de la surconsommation à bout de souffle, condamné ?

Nourritures terrestres, nourritures célestes – vous n’avez plus de matière.

Paul Ardenne

Paul Ardenne est écrivain et historien de l’art.

INFORMATIONS PRATIQUES

Galerie Valérie Delaunay
22 rue du Cloître Saint-Merri
75004 Paris
DATES

Du 18 décembre 2019 au 2 février 2020 :
mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche de 12h30 à 19h

PRIX

0 €

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