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Panique !Covid-19

Le Covid-19 est extrêmement contagieux. Mais il est un autre phénomène aussi contagieux, sinon davantage, qui ne se traduit ni par une poussée de fièvre, ni par une toux un peu rauque, ni par une fatigue inhabituelle, qui ne peut être détecté par un engin appuyé sur le front comme un revolver sur la tempe, qui se rit des intempéries, des moqueries, des remontrances, qui détruit le bon sens autant que l’intelligence. Ce virus, c’est la panique.

Le dieu Pan, qui a donné son nom au phénomène, a pétrifié de trouille les Titans dans leur combat contre les dieux : il est l’inventeur du concept.

« Panique » s’accorde parfaitement avec « pandémie ». Ces deux mots ont la même racine, qui dégage une idée d’immensité, d’infini : en grec, pan veut dire « tout ».

« Tout », c’est ce que certains razzient dans les magasins. Il leur faut tout, tout de suite, en grosses quantités. Le directeur du supermarché voisin de chez moi vient d’arraisonner un client qui se présentait à la caisse avec deux chariots remplis à déborder. Eût-il eu trois mains que cet imbécile aurait poussé trois Caddie™.

« Tout » s’applique à l’irrationnel, pas au réfléchi : c’est Descartes détourné : « Je mange, donc je suis. » Ou plutôt : « Si je ne mange plus, je ne suis plus. » Les neurones ont migré dans l’intestin ! C’est la peur du grand vide, du néant, qui pousse le susnommé client à faire main basse, comme un voleur, sur un himalaya de boustifaille, de marchandises, de choses utiles ou pas, dont il n’aurait pas acquis le dixième en temps normal. Sa motivation ? La peur de faire partie de ces êtres qui n’ont rien et qui, par conséquent, « ne sont rien », comme dirait notre Président.

Comment ne pas voir que cette attitude est inconséquente. Elle suppose, fatalement, que la pénurie est en vue : pourquoi provisionner si l’on peut s’approvisionner ? Elle a une traduction – « moi d’abord » – contraire à toutes les règles de civilité dont devraient s’enorgueillir les hommes ; ces bâfreurs font-ils encore partie de la confrérie ? Il y a de la du Barry dans cet égoïsme forcené : « Encore un instant, monsieur le bourreau, le temps de reprendre du poulet ! »

Plus de nouilles ! Un peu plus tôt, un peu plus tard, où est la différence ? Question trop complexe pour ce ravitailleur compulsif qui ne voit pas plus loin que son œsophage. Nous – enfin, certains ! – sommes dotés d’un cerveau pour réfléchir et évaluer, pas pour cumuler, amasser, amonceler, par réflexe instinctif, j’allais écrire « animal ».

Le triste spectacle que nous offrent certains de nos semblables n’encourage pas l’élévation spirituelle, le dépassement, la générosité, le soin aux autres dont nous devrions tous faire montre dans ces instant si difficiles. Voici de quoi redonner du tonus à cette phrase sortie, paraît-il, de la bouche de Madame de Staël : « Plus je connais les hommes, plus j’aime les chiens. »

Source Boulevard Voltaire
Yannik Chauvin
Docteur en droit, écrivain, compositeur

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