Les forces du livre:La force du témoignage : Sansal écrit avec une sincérité brute. Il évoque les conditions de détention, les parloirs, l’humiliation, mais aussi la solidarité entre prisonniers (c’est là qu’il aurait gagné le surnom de « La Légende »). Ces pages sont souvent poignantes et éclairantes sur le fonctionnement d’un pouvoir autoritaire.
La réflexion politique : Fidèle à lui-même, l’auteur poursuit sa critique sans concession du régime algérien, de la justice aux ordres et de l’islamisme. Il dénonce la peur qui s’installe dans la langue et la société. C’est un plaidoyer pour la liberté d’expression qui résonne fort, surtout venant d’un homme de 81 ans qui a payé le prix fort.
Le style : Sansal reste un excellent écrivain. Ses phrases sont tranchantes, parfois ironiques, avec ce mélange de colère contenue et de sagesse amère qui caractérise son œuvre. On sent l’homme de lettres qui transforme l’épreuve en matière littéraire.Le côté clivant : Le livre est très politique et règle quelques comptes. Cela le rend courageux pour les uns, partisan ou « dérivant à droite » pour les autres (notamment à cause de ses prises de position passées et de son passage chez Grasset dans le contexte Bolloré). Il risque de parler surtout à ceux qui partagent déjà ses vues.
- Moins romanesque : Si tu aimes les grandes fictions dystopiques ou historiques de Sansal, tu pourrais trouver celui-ci plus « direct » et moins élaboré sur le plan narratif. C’est plus des méditations que de la littérature pure.
- Le timing et la polémique : La sortie est entourée d’un bruit médiatique énorme (changement d’éditeur, débats sur son positionnement). Certains y verront un livre « événement » courageux, d’autres un coup éditorial. Cela peut gêner la lecture pure.
La Légende est un livre important et nécessaire, surtout dans le contexte algérien et franco-algérien actuel. Il confirme Sansal comme l’un des grands dissidents littéraires de notre temps : un homme qui refuse le silence malgré les risques.
