La numérisation des commandes à bord des automobiles se généralise année après année. Ainsi, la prise en mains d’un véhicule suppose une information complète sur ces commandes, puis une accoutumance à leur usage. Une connaissance vitale pour la sécurité !
Si, d’un point de vue strictement ergonomique, la centralisation sur un écran de la plupart des commandes de bord peut sembler logique, l’usage des commandes les plus récurrentes (essuie-glaces, feux et signalisation, indicateurs de changement de direction, avertisseur, etc.) se fait presque toujours soit directement sur et autour du volant, soit à l’aide de commandes satellitaires déportées sur la planche de bord, voire la console centrale. La règle, pendant des décennies, a été “une fonction = une commande”. Mais l’évolution technologique a fait bouger les choses, ici aussi…
Les différences créent le risque
On connait généralement sur le bout des doigts (et pour cause !) les routines de mise en œuvre des équipements et systèmes embarqués à bord de son véhicule. L’allumage des feux, la gestion des flux thermiques, le verrouillage des portières sont, par exemple, des fonctions qui, jusqu’à la révolution du numérique et de ses écrans tactiles, avaient leurs propres boutons de commande.
Avec le temps, une partie de ces services a migré vers l’écran central où une gestion par arborescence et pictogrammes nous permet d’intervenir sur certaines fonctions comme le programme “température et ventilation”. Chaque automobiliste prend rapidement le pli pour interagir efficacement et sans délai avec ces commandes, qu’elles soient analogiques ou digitales.
Karine Bonnet, directrice générale de DEKRA Automotive précise certains risques : ”Le développement des solutions techniques de commande a, proportionnellement, multiplié les moyens d’activation des systèmes. D’une automobile à l’autre, il est très rare de retrouver des solutions de commandes aux mêmes endroits. C’est pareil avec les menus numériques qui sont rarement d’architecture comparable. Un conducteur qui prend en mains un véhicule qui n’est pas celui qu’il utilise d’habitude, va devoir “réapprendre” l’ensemble des routines gestuelles. Ce travail de repérage ergonomique et cognitif doit être réalisé à l’arrêt, avant de prendre la route. Il en va de la sécurité de tous !”
Le risque est bien réel !
Le risque réside dans le changement de véhicule bien sûr, mais également dans le passage d’une voiture datée à un modèle récent. En 2023, DEKRA Accident Research a mené un test auprès de 80 conducteurs. Chaque personne a été invitée à réaliser des gestes liés à la sécurité dans un véhicule de conception ancienne d’abord, puis dans un véhicule actuel. On a observé que l’ensemble des participants avaient besoin de beaucoup plus de temps en moyenne (jusqu’à deux fois plus) pour effectuer une tâche similaire dans le véhicule récent. En outre, l’accès à certaines fonctions oblige le conducteur à regarder l’écran plus longtemps, ce qui le distrait davantage de la conduite.
De nombreux participants à l’essai ont été déroutés par le fonctionnement des véhicules centralisant beaucoup de fonctions dans l’espace numérisé de l’écran. Ils ont notamment déploré le temps de réponse des commandes tactiles, tout comme l’absence de retour haptique* . Ils ont estimé que l’apprentissage du nouveau système d’exploitation était fastidieux, surtout pour les personnes plus âgées. Les conducteurs portant des lunettes de lecture pourraient également rencontrer des difficultés pour alterner entre la vision de près et la vision de loin.
On imagine donc que ce qui relève des “pré-réglages”, tout comme l’apprentissage des principales commandes, doit être réalisé en phase de stationnement, et non en roulant. La sécurité implique une attention à la conduite et une visualisation de la route permanentes, ne l’oublions pas !
* Le retour haptique désigne l’ensemble des sensations tactiles artificielles (vibrations, clics, résistances) qu’une commande renvoie pour confirmer une action ou simuler une interaction physique.
