Alors que les grandes entreprises sanctionnent de plus en plus les relations entre collègues, la France résistera-t-elle à la vague « puritaine » venue des États-Unis ?
En novembre 2019, Steve Easterbrook, CEO de McDonald’s, est licencié pour avoir entretenu une relation consentie avec une employé.e. En septembre 2023, Bernard Looney, patron de BP, est poussé à la démission pour n’avoir pas divulgué des relations passées avec des collègues, il perdra 40 millions de dollars d’indemnités. JOYclub, la première communauté sexpositive d’Europe comptant plus de 6 millions de membres et qui rassemble célibataires et couples ouverts d’esprit, s’interroge : le bureau est-il en train de devenir une zone interdite au désir ?
DES PDG QUI TOMBENT POUR DES RELATIONS CONSENTIES
Le cas Easterbrook a fait le tour du monde : un CEO performant, apprécié des actionnaires, remercié du jour au lendemain pour une liaison qui ne concernait que deux adultes consentants. McDonald’s invoquait sa politique interne interdisant aux dirigeants d’avoir des relations avec des employées de l’entreprise.
Quatre ans plus tard, BP pousse Bernard Looney vers la sortie. Son tort ? Ne pas avoir été « totalement transparent » sur des relations passées avec des collègues, des relations qui avaient pourtant eu lieu avant sa nomination comme CEO.
Le message envoyé aux salariées du monde entier est clair : votre vie intime regarde désormais votre employeur.
« Ce que les entreprises oublient, c’est qu’on ne légifère pas sur le désir », observe Eva JOY, Community Manager de JOYclub.fr. « Interdire ne fait qu’attiser la flamme. L’interdit a toujours été le meilleur aphrodisiaque, c’est vieux comme le monde. Ces politiques créent exactement ce qu’elles prétendent combattre : du fantasme, de la transgression, du secret ».
LA SILICON VALLEY ENCADRE STRICTEMENT LES ROMANCES
Les géants de la tech ont mis en place des règles précises. Chez Meta (ex-Facebook), la politique est claire : une employé.e peut inviter un collègue à sortir une seule fois. Si la réponse est « non », ou même un simple « je suis occupée » ou « pas ce soir », toute nouvelle tentative est interdite.
Google, de son côté, décourage fortement les relations entre managers et subordonnés. Les vice-présidentes et cadres supérieures sont tenues de déclarer toute relation avec une ou un collègue. L’entreprise peut déplacer des employées si une relation crée un conflit d’intérêts.
QUAND LE TRAVAIL ÉTAIT ENCORE UN LIEU DE VIE
Le bureau à la française a toujours été différent. Un lieu où l’on partage des galères, des victoires, des fous rires devant la machine à café, des regards complices en réunion. Un lieu où naissent des connexions authentiques, loin des profils retouchés des applications de dating.
À l’heure où les Français se plaignent de ne plus savoir où rencontrer l’âme soeur, ces nouvelles normes leur ferment la porte du seul endroit où ils passent la majorité de leur temps éveillé.
CONSENTEMENT VS CONTRÔLE : LA CONFUSION DANGEREUSE
Personne ne défend le harcèlement ou les abus de pouvoir. Ces comportements sont et doivent rester inacceptables.
Mais amalgamer une relation consentie entre adultes et un abus de pouvoir, c’est se tromper de combat. Le vrai sujet n’est pas le sexe, c’est la hiérarchie, le pouvoir, la capacité à dire non sans conséquence sur sa carrière.
« L’entreprise ferait mieux d’investir dans l’éducation au consentement, dans la formation des managers, dans une culture du respect, plutôt que dans la prohibition aveugle », poursuit Eva JOY, Community Manager de JOYclub.fr. « Et puis soyons honnêtes : combien de couples heureux, de mariages solides, de familles entières sont nés d’une rencontre au travail ? Veut-on vraiment priver les gens de cette possibilité au nom d’une gestion du risque juridique ? ».
LA FRANCE RÉSISTERA-T-ELLE ?
Le pays de l’amour courtois va-t-il se plier aux pratiques des multinationales américaines ? Les filiales françaises de ces groupes appliquent déjà ces règles. Combien de temps avant que les entreprises tricolores suivent le mouvement ?
UNE COMMUNAUTÉ POUR EN PARLER LIBREMENT
JOYclub offre un espace d’échange bienveillant où les membres peuvent discuter sans tabou de leurs désirs, leurs fantasmes et leurs questionnements, y compris ceux qui naissent au travail.
« Sur JOYclub, nous ne jugeons pas », conclut Eva JOY. « Que l’on fantasme sur un.e collègue, que l’on vive une histoire secrète au bureau ou que l’on s’interroge sur les limites entre vie pro et vie perso, chacun.e est libre d’en parler. Notre rôle est de fournir un espace safe et secure où ces discussions peuvent avoir lieu sans tabou ».
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